AUTHOR: claudine brunon TITLE: Les Laques Végétales DATE: 11/02/2005 05:12:00 PM ----- BODY:
Comment fait-on une laque ? Qu'ajoute-t-on comme produits pour fixer la couleur ?

Voilà deux questions qui semblent légitimes au regard des couleurs naturelles végétales que nous venons de voir ci-dessous. Pour m'aider à vous expliquer ce que l'on met comme "charge" dans le colorant, il faut feuilleter les quelques 350 pages du livre écrit jadis par Jules Lefort : La Chimie des Couleurs http://atelier.du.graal.free.fr/chimiedescouleurs (voir l'article stil de grain page 119 et suivante pour l'explication de ce qu'est une laque).
La plupart des principes colorants provenant du règne végétal et du règne animal possèdent la propriété, lorsqu'ils sont en dissolution ou en suspension dans l'eau, d'être précipités par des oxydes métalliques, avec lesquels ils contractent des combinaisons particulières insolubles désignées dans les arts sour le nom de laque.

Il faut savoir que les matières colorantes végétales se fixent sur les substances minérales qui font l'office de corps précipitants. Les laques sont presque toujours à base d'alumine ; quelquefois, cependant, elles contiennent des oxydes de plomb, d'étain, de la chaux et de la magnésie. Elles ont cependant le grave défaut de manquer de corps. C'est pourquoi, on ajoute pendant leur préparation, de la gomme arabique. De plus, elles ne peuvent être mélangées avec la plus grande partie des couleurs minérales, qui les altèrent presque toutes.
Les végétaux doivent être de première qualité et parfaitement secs. On les réduit en poudre et on les fait bouillir avec de l'eau. La décoction, chargée de tout le principe colorant, est clarifiée par la filtration. Les corps précipitants (alun, alumine, acétate de plomb, protochlorure d'étain -pour la cochenille /XVIIème siècle-, ...), ne doivent pas contenir de fer ou d'alcalis susceptibles de faire changer la couleur qu'on désire obtenir. Le précipité obtenu ou torchisque est séché à l'air libre et à l'ombre, de préférence dans un endroit chauffé.

D'expérience, je peut dire que c'est l'alun qui est le plus utile à la préparation des laques. C'est un mordant pour les teintures, un sulfate d'alumine hydraté. Il est connu sous le nom latin d'alumen. On peut l'acheter en pharmacie sous forme de bloc de cristaux. Afin de l'utiliser avec le colorant, il faut le râper puis le réduire en poudre fine. Il se dissoudra plus rapidement sous l'effet de la chaleur.
On peut aussi utilisé du sulfate d'alumine qui est plus puissant que l'alun.

Certains textes recommandent d'utiliser du gypse avec le suc de pétales de fleurs pour donner de la consistance à la couleur. C'est un minéral composé de sulfate de calcium hydraté.

On trouve aussi comme autre charge, le blanc de craie, calcaire de diverses régions (Champagne : Troyes ; Paris, Meudon ...). De même la calcite, carbonate de calcium, sert de base minérale aux laques colorées. C'est aussi le blanc de Saint-Jean utile pour les fresques. On délaye la craie dans un peu d'eau avant de l'ajouter au colorant chargé d'alun.

Le carbonate de potasse ou lessive de cendres est une solution alcaline. Elle entre dans la composition de nombreuses recettes de couleurs végétales. Notons par exemple que l'on peut extraire les parties solubles des feuilles d'indigo avec de l'eau et un peu de lessive. De même, les fleurs de genêt (herbe-aux-teinturiers) peuvent servir à préparer une laque jaune en les faisant bouillir avec de la lessive suffisamment forte. Et aussi le bois de brésil : une décoction de bois de vigne ou de chêne.

L'os de seiche (coquille interne de la seiche Sepia officinalis). Cet os fournit, après calcination à l'air libre et broyage, une fine poudre blanche composée de carbonate de calcium et de phosphate de calcium. On en trouve dans les animaleries.

La poudre de marbre est aussi utilisée dans les laques. C'est un pigment blanc naturel à base de carbonate de calcium provenant de marbre ou de travertin pulvérisés (aragonite). Utilisée comme charge minérale de la laque rosette (laque de brésil). On met la même quantité de poudre de marbre que de bois de brésil, puis encore pareille d'alun. On verse ensuite les deux ingrédients dans le mélange brésil-lessive avant ébullition.

On utilise aussi de la crème de tartre, un mordant utilisé en teinture. Il sert par exemple avec l'alun à la fabrication du vert-de-vessie. La couleur ne meurt pas.
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